Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 17:33

L'intégralité du discours d'ouverture de Thierry Lepaon au 50e Congrès de la CGT

50ème Congrès de la CGT
Introduction de Thierry LEPAON
Toulouse, 18-22 mars

 

Cher-e-s camarades,

L’accueil du congrès

C’est pour moi un honneur, un plaisir, mais aussi une grande responsabilité d’ouvrir le 50ème Congrès de la CGT à Toulouse.

Toulouse, qui a accueilli, au congrès corporatif de  1897, les débuts fragiles et balbutiants d’une toute jeune CGT composée de 264 syndicats. En 1936, le congrès de l’unité se tient également à Toulouse, comme vient de le rappeler Gisèle Vidallet. C’est un événement important de l’histoire syndicale de notre pays. Le chemin de l’unité entre CGT et CGTU est difficile. A l’époque, les désaccords se focalisent sur le rapport du syndicalisme aux partis politiques, son affiliation internationale et les statuts de la nouvelle confédération. C’est la lutte contre la montée du fascisme qui va accélérer le rapprochement entre la  CGT et la CGTU.

Aujourd’hui, notre 50ème Congrès, votre 50ème Congrès, s’ouvre avec une CGT solidaire, rassemblée, riche de vos diversités et de son histoire plus que centenaire. Une CGT, à la fois interprofessionnelle et ancrée dans les territoires.

La journée internationale d’hier a été un moment très fort de fraternité avec les travailleurs et les peuples de tous les pays. Je salue à nouveau en votre nom très chaleureusement les nombreuses délégations syndicales étrangères présentes à notre congrès.       

Je voudrais remercier également tous les camarades qui ont permis la tenue de ce congrès dans d’excellentes conditions, comme vous pouvez le constater.

 

Nous sommes confédérés pour lutter contre les corporatismes, la division et l’éclatement du salariat et construire l’unité des salariés. La solidarité et la fraternité sont pour nous des valeurs fondatrices. Notre internationalisme, notre engagement dans les luttes européennes sont des réponses à toutes les tentatives de repli identitaire. Nous savons qu’il n’y a pas de fatalité, que les hommes et les femmes font l’histoire, eux et eux seuls construisent leur avenir.

C’est cette constance sur le long terme, cette capacité à vivre au rythme de la société, à sentir et à en être le reflet mais aussi à impulser, anticiper, donner le ton et le rythme par l’action, qui a permis notre rayonnement et notre influence, y compris au niveau international. C’est probablement cette constance que les salariés reconnaissent. C'est aussi pour cette raison qu'ils nous font confiance.

La situation économique, politique et sociale en France, en Europe et dans le monde, est complexe et dégradée. Les inégalités explosent et sont le moteur de la crise. Mais nous disposons aussi d‘éléments de confiance qui nous permettent d’être offensifs : la progression des effectifs syndiqués de la CGT depuis cinq années consécutives, plus de femmes, de jeunes et de salariés du privé dans les nouvelles adhésions, des résultats aux élections professionnelles qui font progresser la CGT dans un certain nombre de secteurs, et qui viennent de la mettre loin devant, comme première organisation syndicale lors des élections des TPE.

Mais nous avons aussi des défis à relever, pour  faire grandir le rapport de forces en faveur des salariés, des privés d’emplois et des retraités, dans le mouvement social.

Notre démarche syndicale, appuyée sur les syndiqués, doit permettre l’intervention des salariés à toutes les étapes de construction des revendications à partir des repères de la CGT, construits collectivement. L’originalité de la CGT, c’est d’articuler en permanence, contestation, propositions, consultation, mobilisation, négociation. Avec nos syndiqués, nous voulons sortir de la défensive et de la résistance, auxquelles le patronat souhaiterait nous acculer. Car pour s’opposer efficacement aux projets néfastes du patronat, il est indispensable d’élaborer des alternatives concrètes, qui mobilisent les salariés parce qu’elles ouvrent de réelles perspectives de progrès.

Pendant cinq jours, ensemble, nous allons échanger nos expériences, débattre, confronter nos analyses, ouvrir des perspectives pour l’avenir. Il va nous falloir aussi affronter nos difficultés, en toute transparence et en toute honnêteté, pour mieux les résoudre collectivement.

Délégué-es par vos syndicats, vous allez décider de nos orientations, de notre stratégie syndicale, et élire la direction confédérale. Nous allons prendre des résolutions que la direction confédérale élue aura la responsabilité de mettre en œuvre, et qui vont structurer notre plan de travail confédéral pour les trois ans qui viennent. Et vous avez à disposition nos repères revendicatifs, qui ont été votés par le Comité Confédéral National.

Nos discussions seront alimentées par les nombreux débats qui ont eu lieu dans les 7 Forums de préparation de notre congrès, à Toulouse, Marseille, Caen, Nancy,  Paris, Lille et Grenoble. 2 300  militants y ont participé, ont fait part de leurs questionnements, leurs expériences, leurs convictions, et ont amorcé de nouvelles pistes de réflexion.

N’en doutons pas, le 50ème Congrès de la CGT va faire et fait déjà  événement dans le paysage social.

C’est aussi un moment démocratique important de la vie de notre organisation.

Premier fait marquant de ce congrès, c’est la proportion de 45% de femmes déléguées. Elles étaient 35% au 49ème Congrès, bien moins encore dans les congrès précédents. C’est donc un progrès majeur pour notre organisation. Avec la parité dans les instances confédérales, à la CGT, le 8 mars c’est toute l’année !

Cette forte présence féminine dans le congrès, c’est surtout  le signe d’une CGT en pleine évolution, bien en phase avec la réalité du salariat.

Autant dire tout de suite que celles et ceux qui veulent voir une CGT isolée, archaïque et repliée sur elle-même vont en être pour leurs frais !

Délégué-e-s par vos syndicats, vous êtes porteuses et porteurs d’une analyse et d’expériences collectives qui font la force de notre organisation. Mais vous êtes aussi et avant tout des salarié-es, venu-es avec vos identités professionnelles, ouvriers, cadres, techniciens, chercheurs, employés, vos savoir -faire et votre environnement de travail. Comme tous les salariés, vous voulez faire un travail de qualité, être reconnus dans votre travail et lui donner un sens social.

Nous avons une urgence : transformer le travail pour le libérer des entraves qu’il subit, et lui redonner toute sa force émancipatrice. Il s’agit pour nous de le transformer dans toutes ses dimensions, avec une autre répartition des richesses et un nouveau mode de production pour un développement humain durable. C’est cela le sens de notre projet syndical de conquête. Entrer par la question du travail dans notre rapport aux salariés et notre construction revendicative, est un des axes majeurs des orientations que nous mettons en débat.

Notre objectif est à la fois simple et ambitieux : rassembler les salariés, là où ils sont, comme ils sont, avec leurs réalités et leurs aspirations, leurs qualités et leurs défauts. Et c’est à nous de nous adapter pour écouter ce qu’ils ont à nous dire et construire avec eux leurs revendications, pour leur permettre d’intervenir sur leur quotidien de travail et participer à la transformation de la société. Nous avons l’ambition que notre CGT soit utile, accessible, solidaire pour les salariés, les privés d’emploi, disponible pour les retraités, ouverte  sur la société, et donc efficace.

Ensemble, nous voulons construire un avenir meilleur, et c’est le sens de notre congrès.

La situation économique et sociale en France, en Europe et dans le monde

L’année 2013 est annoncée comme une année noire pour l’emploi en France, où près de 2 000 entreprises sont recensées en difficulté. Et même certains défenseurs les plus zélés de l’Accord du 11 janvier, prédisent que celui- ci ne modifiera pas fondamentalement les causes des difficultés rencontrées par les entreprises.

En Europe, le chômage de masse bat des records. Il y a maintenant 28 millions de chômeurs.  Les jeunes paient un lourd tribut à la crise. En Espagne, 55% des moins de 25 ans sont au chômage.  La Grèce, l'Espagne, l’Italie, le Portugal sont redevenus des terres d'émigration des jeunes. En France, un jeune sur quatre est au chômage et  il faut attendre  29 ans en moyenne pour avoir son premier CDI, et 31 ans pour un CDI à temps plein. Vivre dans une société où l’opinion publique mondiale pense que les générations futures vivront moins bien que les précédentes, est intolérable. Cela, pendant que le système financier mondial brasse des milliers de milliards d’euros et de dollars dans la spéculation financière et les paradis fiscaux.

Il est intolérable que des états membres de l’Union Européenne soient conduits à hypothéquer l’avenir, en réduisant drastiquement leurs services publics de santé ou d’éducation, pour satisfaire aux exigences de réduction des dépenses publiques fixées par le FMI, la BCE et la Commission Européenne. C’est ce qui se passe en Grèce avec la troïka. Ce choix de la rigueur et de l’austérité obère durablement les chances d’une reprise de la croissance.

En France, les inégalités sociales et salariales explosent, y compris au sein du salariat. Cette situation alimente la division et le désespoir. C’est un handicap au rassemblement nécessaire des salariés, et à leur mise en mouvement. C’est un terreau idéal pour les forces et les partis politiques, prônant  le repli identitaire sur des bases nationalistes ou communautaires.

En Italie, la cure d’austérité infligée par un gouvernement de technocrates, et l’incapacité du gouvernement Monti à apporter des réponses concrètes à la crise, débouchent sur une période d’incertitude politique et de montée du populisme.

Dans la totalité des pays Européens, la crise est utilisée comme une opportunité pour des révisions régressives des droits. Les contrats de travail atypiques se sont multipliés, par l’extension des périodes de recours possibles au CDD et à l’intérim. C’est aussi la révision du droit applicable aux licenciements : assouplissement du licenciement collectif ou seuils abaissés, nouvelles définitions du licenciement collectif, recours massif aux ruptures conventionnelles, réduction du coût des licenciements pour l’employeur.

Du côté des salaires et pensions, ceux-ci peuvent diminuer dans des proportions importantes selon les pays. Par exemple en Roumanie, les pensions et traitements des fonctionnaires ont baissé de 10 à 25%.

Les âges de départ à la retraite sont systématiquement retardés. En ce sens, le rétablissement très partiel du droit à la retraite à 60 ans en France est une exception significative. Nous y sommes pour quelque chose.

Toutes ces politiques s’accompagnent de remises en cause des libertés publiques dans plusieurs pays, comme en Hongrie, avec les atteintes à la liberté de la presse et les attaques contre le syndicalisme.

Pourtant, ici ou là dans le monde, d’autres politiques sont ébauchées, se dessinent, d’autres chemins sont partiellement tracés. Même les Etats-Unis d’Amérique, incarnation du capitalisme, expérimentent des politiques publiques qui, bien que notoirement insuffisantes, prennent à contre-pied les référentiels idéologiques du pays, mais aussi les choix opérés ici, en Europe : le premier mandat d’Obama, entamé avec la crise, a vu l’extension de l’accès au système de santé à 15 millions d’américains qui en étaient privés. Depuis 2009, des représentants de l’Etat siègent au Conseil d’Administration de General Motors, sauvée par l’intervention de l’Etat fédéral. Nos camarades de Florange n’ont  pas eu cette chance !

Dans de nombreux pays, les peuples se sont levés, pour dire leur refus de modèles qui s’organisent sans eux ou contre eux.

La CGT a partagé avec la Confédération Européenne des Syndicats et la Confédération Syndicale Internationale, le souci de faire entendre le mouvement syndical européen et international dans le contexte de la crise. A leurs côtés, elle a participé aux mobilisations globales, notamment celles déployées en Europe contre les politiques de rigueur et d’austérité.

La CGT entend poursuivre sa participation active dans les Forums sociaux, dans le processus du sommet alternatif Européen, et dans les « contre-sommets » déployés lors des réunions internationales, environnementales ou climatiques. Cela, tout en posant régulièrement la question des débouchés concrets de ce type d’initiatives.

Enfin, nous sommes et resterons engagés avec détermination dans le soutien aux peuples dans leurs combats libérateurs et émancipateurs.

C’est le sens de la récente visite de Bernard Thibault en Palestine.

Les témoignages entendus hier dans cette salle, à propos du rôle de la CGT et de son Secrétaire Général Bernard Thibault, sur la scène internationale, sont un encouragement à poursuivre nos engagements.

 

Parce que l’Europe a été le berceau historique du syndicalisme, le patronat européen est en pointe dans le combat contre les droits des salariés. Le débat sur les éléments possibles de sortie de crise est le terrain d’une confrontation idéologique aiguisée entre politique d’austérité et politique de relance, entre exigences des marchés financiers, et besoins des populations et des salariés.

Une nouvelle dynamique syndicale européenne, coordonnée par la CES, se développe, au-delà d’une simple expression de solidarité ou de juxtaposition des mobilisations nationales. Les mobilisations européennes de novembre, décembre 2012,  et mars 2013 donnent un nouveau souffle aux luttes. Elles dessinent les voies d’un nouveau cap et d’un contrat social européen, orienté contre la crise, parce que basé sur la réponse aux besoins des salariés et des peuples.

En France, la mobilisation dans le cadre de cette dynamique européenne est plus difficile à réaliser, du fait du manque d’unité syndicale, et des différences d’appréciations sur la nature des réponses à apporter à la crise, mais j’y reviendrai.

 

Pour la CGT en tout cas, cette nouvelle dégradation de l’emploi, souligne l’urgence d’apporter des réponses différentes de celles qui ont été mises en œuvre jusqu’à présent. L’augmentation du chômage trouve son origine dans des salaires trop faibles, et une grande précarité dans le travail. Les politiques de l’emploi doivent donc être repensées de fond en comble.

A cet égard, les attentes et les impatiences sociales sont grandes.  La CGT a œuvré pour sortir le gouvernement Sarkozy, porteur d’une conception rétrograde de la société, entièrement au service de l’argent et de la finance. Le nouveau gouvernement est issu des élections de 2012 sur la base de ce rejet. Il peine aujourd’hui à convaincre les salariés sur le bien-fondé de sa politique, et son sens de la justice sociale.

Dans un premier temps, le gouvernement Ayrault a pris certaines mesures positives, avec par exemple l’augmentation de l’allocation de rentrée scolaire, l’abrogation de la circulaire Guéant sur les étudiants étrangers, la création de postes dans l’éducation nationale. L’initiative du contrat de génération va dans le bon sens, même si elle est insuffisante.

Nous l’observons, les gouvernements Hollande et Sarkozy partagent la même obsession : l’abaissement du coût du travail et la flexibilité, comme réponse aux problèmes économiques des entreprises. Sous la pression des marchés financiers, du patronat et du traité européen, le gouvernement actuel s’inscrit dans une politique de rigueur et d’austérité, qui constitue la toile de fond de toutes les réformes en cours ou annoncées : l’accord sur la sécurisation de l’emploi, le financement de la protection sociale, les retraites ou l’assurance chômage, la décentralisation.

Il va falloir que le gouvernement soit à l’écoute des salariés et de leurs organisations syndicales. Il va falloir aussi que les salariés interviennent massivement, et dans la durée. Pour cela, nous avons besoin de discuter avec les syndiqués et l’ensemble des salariés pour nous mettre d’accord sur les contenus revendicatifs, sur le besoin de changement, et quel est le contenu du changement.

 

La journée nationale d’action interprofessionnelle du 5 mars dernier à l’appel de la CGT et de FO avec le soutien de la FSU, Solidaires et des organisations de jeunesse a marqué une nouvelle étape sociale. Avec 175 manifestations rassemblant  plus de 200 000 salariés actifs, retraités et privés d’emploi, elle constitue un vrai point d’appui pour la suite.

Les salariés ont envoyé un message clair au MEDEF et à la majorité qu’ils ont élue en 2012: moins de droits pour les salariés, plus de liberté de licencier pour les employeurs : c’est non !

Cette première journée d’action est le début d’un processus de mobilisation que nous devons faire grandir. Apprécions ce que la mobilisation du 5 mars a déjà permis de faire bouger dans sa préparation : le nombre de débats rendus nécessaires pour réussir les rassemblements, des prises de position publiques de personnalités et associations de tous horizons, une certaine perplexité dans la majorité gouvernementale, et les fissures au sein des syndicats signataires.

Le 2 avril va s’ouvrir le débat parlementaire.  Il ne peut se tenir sans l’intervention des salariés. La CGT recherchera  la plus grande unité syndicale possible, mais prendra ses responsabilités. Fort du débat que nous avons eu lors de la dernière Commission Exécutive Confédérale, je propose que le congrès décide d’une journée nationale d’action dans la semaine du 2 au 5 avril, avec rassemblements à l’Assemblée nationale et dans les territoires.

 

Comme pour la bataille contre le CPE, notre objectif est de faire basculer l’opinion publique, en faisant percevoir la nocivité du projet de loi issu de l’accord interprofessionnel du 11 janvier.

De récents sondages illustrent une réalité contrastée du rapport de force social.

Certes 62% des français trouvent l’accord globalement bon, mais ils ne sont que 6% à estimer qu’il profite davantage aux salariés qu’aux employeurs, selon un dernier sondage BVA. Quant aux sympathisants de gauche, ils sont ne sont que 54% à le considérer comme un bon accord, contre 70% des sympathisants de droite.

Selon le baromètre IFOP- cadres emplois,  65% des cadres refuseraient de changer de contrat de travail pour un CDI plus flexible, avec temps de travail et rémunérations variables. Mais dans le même temps, ils considèrent à 70% que la souplesse introduite par la flexibilité du contrat de travail permettra de favoriser l’accès à l’emploi.

Ces appréciations contradictoires nous donnent la mesure des explications et des débats qui sont  à mener avec l’ensemble des salariés, sur la nature des problèmes et donc des solutions à y apporter. Nous devons décider d’amplifier la bataille des idées auprès des salariés. Notre presse syndicale est un outil précieux pour cela.

Mais la lutte contre le projet de loi sur la compétitivité des entreprises, si elle est nécessaire, ne règlera rien pour autant. Les salariés resteront dos au mur avec le chantage patronal au-dessus de la tête. Il nous faut donc aussi et surtout, ouvrir la perspective d’alternatives permettant à la fois de sécuriser le contrat de travail des salariés, et de pérenniser et développer l’activité des entreprises.

Et la meilleure façon de rendre ces alternatives crédibles, est de les construire concrètement avec les salariés, en mettant à leur disposition nos analyses, nos repères revendicatifs et nos pistes de réflexion.

Le patronat focalise le débat sur le « coût du travail », lequel serait trop élevé en France. D’une richesse, ils en font un coût ! Ce discours vise à culpabiliser les salariés, peser sur leurs revendications et imposer des reculs sociaux. Celui-ci n’est pas propre à la France. La Confédération Syndicale Internationale a montré qu’il trouvait place même dans les pays à très bas salaires. Contrairement à ce que prétendent le patronat et les libéraux, ce n’est ni le niveau des salaires, ni la protection sociale qui handicapent la France ; ce sont au contraire des atouts. La France souffre particulièrement d’un coût du capital qui ne cesse d’augmenter ; elle souffre également de la faiblesse et de l’insuffisance des investissements dans la qualification des travailleurs, dans la recherche-développement et l’innovation.

Le  discours patronal historique sur le coût du travail est totalement démenti par les faits.

 La rémunération du travail en France, y compris les cotisations sociales, se situe dans la moyenne des pays qui ont à peu près le même niveau de développement économique et social. En revanche, la France se situe dans le peloton de tête, en ce qui concerne la productivité apparente du travail.

La part des salaires dans la valeur ajoutée, a chuté de 10 points au cours de la décennie 1980 et se stabilise depuis, ce qui se traduit par une stagnation, voire une perte de pouvoir d’achat des salariés.

En contrepartie, la part de la rémunération du capital dans les richesses créées par les salariés a considérablement augmenté. Ainsi, la part des dividendes versés aux actionnaires dans la valeur ajoutée des sociétés non financières est passée de 5% au milieu des années 1980 à 25% aujourd’hui.

En focalisant le débat sur le coût du travail, le patronat veut en fait empêcher le vrai débat, c’est-à-dire le débat sur le coût du capital.

Le coût du capital représente la somme des intérêts versés aux créanciers (notamment les banques) et des dividendes versés aux actionnaires.

En 1950, ce coût du capital représentait 14% de la masse salariale, aujourd’hui, il est équivalent à la moitié de la masse salariale pour les sociétés non financières !

On voit bien que ce qui handicape la France, c’est le coût du capital !

Le travail est source de la production des biens et services nécessaires pour répondre aux besoins sociaux et économiques. De l’argent en tant que tel ne crée pas de la valeur ajoutée. Il en est de même en ce qui concerne les machines, les équipements et les matières premières. Pour être transformés en biens et services utiles, il faut du travail humain.

Le travail, à travers l’emploi et le salaire, est aussi source de revenus pour les individus, donc source de la demande adressée aux entreprises, laquelle est indispensable pour soutenir l’activité économique.

Le travail est également la source principale du financement de la Sécurité sociale et de l’Etat.

La dévalorisation du travail, la pression permanente sur les salariés et sur l’emploi, les conditions de travail et les salaires, le développement de la précarité et des inégalités, sont à l’origine des cercles vicieux qui ont conduit à la crise économique, financière et sociale qui sévit dans le monde depuis 2008.

La sortie de crise ne peut passer que par la revalorisation du travail. Le développement des emplois qualifiés, stables et bien rémunérés, le respect de la parité femmes-hommes, de bonnes conditions de travail, sont nécessaires pour dynamiser l’activité économique, renflouer les caisses de l’Etat et de la Sécurité sociale.

Revaloriser le travail passe par une première urgence : augmenter les salaires en portant le  salaire minimum à 1700 euros, faire progresser les salaires des salariés qualifiés et diplômés, et augmenter les pensions.

 

 

Transformer le travail et construire un nouveau statut du travail salarié

Notre ambition revendicative vise le progrès social permanent, articulé autour de l’amélioration du quotidien de travail et de vie des salariés et des retraités, et de la transformation sociale.

C’est le travail qui crée les richesses. Il doit servir au progrès de l’humanité. C’est bien comme cela que les salariés l’entendent : ils veulent que leur travail ait un sens pour eux-mêmes et pour les autres. La liberté de choix, la maîtrise de sa vie et l’émancipation, reposent sur l’extension et la reconnaissance des potentialités et capacités humaines. L’éducation, la santé et la culture en sont les conditions. Développer les droits humains contribue au bien vivre ensemble, à ce qui fait humanité.

Le développement humain durable est le cadre de référence que nous avons choisi pour nos ambitions revendicatives : nous voulons donner un autre sens au développement, en nous interrogeant sur les besoins humains, aujourd’hui et demain.

La CGT a toujours parlé du travail, nous sommes la Confédération Générale du Travail, mais il s’agit aujourd’hui de franchir un cap, en donnant une réalité concrète à nos ambitions.

Pour cela, il nous faut investir en grand le travail avec les salariés, pour le transformer, le libérer des entraves qu'il subit et lui redonner toute sa force émancipatrice.

 Le document d’orientation propose de faire du travail le point de départ de notre démarche de construction revendicative avec les salariés. Cela donnera plus de force aux luttes pour une autre politique salariale, basée notamment sur la reconnaissance des qualifications, une meilleure protection sociale, de bonnes conditions de travail, mais aussi le plein emploi, la lutte contre toutes les précarités et toutes les discriminations.

Gagner des créations de postes, requalifier un contrat précaire en CDI, arracher une étude complémentaire, améliorer les conditions de travail sur un plateau d’accueil téléphonique, ce sont autant de résultats accessibles qui permettent d’ouvrir des perspectives sur une autre façon de travailler et de produire. Partir du travail, n’est-ce pas le meilleur moyen d’articuler des perspectives revendicatives concrètes à court terme, et des ambitions transformatrices à plus long terme ? 

Investir le travail, c’est partir du travail réel, tel que les salariés le vivent, sans a-priori, en étant au plus près de leurs aspirations. Le travail n’est pas uniquement souffrance ou uniquement source d’épanouissement, il est bien souvent les deux à la fois.

Je profite de cet instant pour rendre hommage au sociologue Robert Castel, qui vient de disparaître, et qui a beaucoup contribué à l’analyse du travail et de sa centralité dans la vie des femmes et des hommes.

Nous le savons, malgré les multiples causes d’empêchement à bien travailler, les salariés restent engagés dans leur travail, et cherchent des voies pour continuer à bien faire leur travail. Les aspirations des salariés à pouvoir s’exprimer librement dans leur travail, à faire un travail de qualité, à voir leur travail reconnu et leurs conditions de travail améliorées, sont, en soi, des leviers de transformation sociale. Toutes ces aspirations s’opposent aux stratégies financières et managériales des entreprises qui sont la cause essentielle du mal travail et du chômage.

Nous devons développer une stratégie syndicale et des outils, avec une approche ouverte qui redonne la parole aux femmes et aux hommes sur ce qu’ils ont en commun, le travail.

La crise que nous vivons n’est pas seulement économique et sociale ; elle détruit aussi le lien social et encourage les divisions et les antagonismes. Mais aucune avancée sociale ne s’est construite sur l’opposition entre les salariés : salariés et chômeurs, CDI et précaires, cadres et ouvriers, salariés français et travailleurs migrants.

Agir sur le travail, c’est aussi le moyen de retrouver de la solidarité entre les salariés, de jeter des ponts avec les préoccupations des citoyens.

Nous voulons refonder les notions de collectif, de coopération, de solidarité, et la conception même de l'entreprise. Le travail n'est pas simplement un labeur individuel, il met en relation avec le monde. Ainsi, par exemple, lors du Forum de Marseille, le compte-rendu d’une expérience syndicale dans une maison de retraite a montré en quoi la mise en place d’un cahier revendicatif autour du « bien travailler » a permis de fédérer les familles, les médecins et les habitants du village.

La première des souffrances sociales est d’être exclu-e du travail.

Aller à la rencontre des millions de salariés pour reconquérir le plein emploi, la fierté, la dignité au travail, et les garanties pour faire du travail de qualité, doit donc devenir une priorité de notre activité.

 

Les adhérents de la CGT sont les meilleurs relais auprès de leurs collègues, pour débattre et agir sur le travail. Mais encore faut-il que le syndicat en fasse sa priorité, organise l’activité des élus et mandatés en fonction des préoccupations des adhérents et des salariés, utilise les instances représentatives du personnel pour faire aboutir les revendications locales. Des syndicats, des fédérations, des unions départementales, mettent déjà le travail et son évaluation au cœur de leur pratique syndicale. Partout où des expérimentations en ce sens ont été menées, elles ont permis aux salariés de mesurer concrètement l’utilité du syndicat. Elles favorisent la syndicalisation, y compris des jeunes diplômés et des cadres qui découvrent une CGT ouverte à leurs préoccupations, et pas seulement une CGT de l’urgence sociale et du dernier recours.

Accueillir les jeunes et nouveaux salariés dans l’entreprise, quels que soient leur statut et leur contrat de travail, en parlant avec eux de leur travail et en leur faisant connaître les droits qui s’y rattachent, n’est-ce pas la meilleure façon de leur faire découvrir la CGT ?

Cette démarche demande l’investissement de tous les militants, de l’opiniâtreté, des tâtonnements, des inventions, de l’organisation pour construire un plan de travail syndical et des outils. Il nous faut oser, échanger nos expériences, et compter sur l’intelligence et l’expertise des salariés.

 

Reconnaître la centralité du travail dans la vie des femmes et des hommes et dans la société, nécessite de faire du statut du travail lui-même, un enjeu de développement.

L’accord interprofessionnel du 11 janvier définit un nouveau modèle économique et social porté par le MEDEF. Selon Louis Gallois, auteur du Rapport sur la compétitivité des entreprises, cet accord sur l’emploi est le plus important depuis 40 ans. Entendez : c’est un accord qui remet en cause 40 ans de droit du travail en France ! Fin du principe de faveur, suprématie de l’accord d’entreprise sur la loi, les conventions collectives, et même sur le contrat de travail, accès au juge plus difficile, licenciements facilités, mobilités et baisse de salaire imposées.

A cette véritable guerre déclarée contre les salariés, la CGT oppose la construction d’un nouveau statut du travail salarié qui permette de lier le développement économique durable, à des droits sociaux de haut niveau.

Qu’en est-il ?

La logique patronale a conduit à ce que les droits du salarié-e dépendent de son emploi : la protection complémentaire, les droits à l’ancienneté, la formation, la prévoyance.  En fonction de son employeur, pour une même qualification, on n’a pas la même situation, ni les mêmes droits selon que l’on travaille dans une petite ou une grande entreprise, dans les services, l’agriculture ou l’industrie, chez un donneur d’ordre ou un sous-traitant. Les droits sont également différents selon la nature du contrat de travail, CDI, CDD, intérimaire ou portage salarial. Si la ou le salarié-e perd son emploi par licenciement, démission ou rupture conventionnelle, les compteurs sont remis à zéro.

C’est pour ces raisons que nous revendiquons un socle commun de droits individuels, transférables, garantis collectivement, et opposables à tout employeur, des droits interprofessionnels et indépendants du contrat de travail. Cela trace la voie d’une transformation de la condition salariale, puisque ce nouveau contrat social vise à élever les droits des salariés, au-dessus de leur lien de subordination à l’employeur.

La construction de ce nouveau socle de droits, attachés à la personne du salarié et garantis collectivement, va aussi dans le sens des aspirations nouvelles du salariat, où les jeunes, cadres ou non, cherchent à maîtriser leur parcours professionnel, indépendamment de l’entreprise dans laquelle ils travaillent. Ainsi, selon une enquête récente de l’institut BVA sur les jeunes et l’entreprise, 53% d’entre eux estiment, malgré la crise et la conjoncture économique, que leur évolution de carrière sera le fruit de véritables choix de leur part.

 

Certaines et certains d’entre vous s’inquiètent du devenir de conventions collectives ou de statuts, dont les dispositions protectrices sont liées à l’exercice des métiers, dans des filières professionnelles spécifiques. La question sous-jacente est : n’y a-t-il pas un risque d’absorption des conventions et statuts actuels, dans de nouvelles règles collectives qui nivèleraient par le bas les droits existants ?

Ce n’est pas le sens de notre projet, dans lequel  les conventions collectives et les statuts ont vocation à apporter le complément professionnel à un socle consolidé de droits, communs à tous les salariés.

L’objectif, c’est que tout salarié ait, du début à la fin de sa carrière professionnelle, un droit à continuité et progressivité de salaire, de carrière, de formation professionnelle continue, même s’il change d’entreprise ou de branche, et quel qu’en soit le motif.

La sécurité sociale professionnelle vise, elle, à protéger les salarié-es des aléas des suppressions d’emplois et des ruptures professionnelles entre deux emplois, par le maintien du contrat de travail et du salaire, jusqu’à ce qu’un reclassement soit effectif. Cela concerne tous les salarié-e-s, y compris celles et ceux qui sont en contrat temporaire, précaire, temps partiel et les contrats aidés.

En raison de la situation actuelle de l’emploi, c’est notre revendication la plus connue et la plus urgente à mettre en place.

Elle est une réponse à la Cour des comptes qui vient de baliser le terrain pour le MEDEF dans son dernier rapport annuel. En vue de la prochaine négociation sur l'assurance chômage, celle-ci montre du doigt le régime des intermittents du spectacle, suggère de plafonner l’indemnisation des cadres ou, à nouveau, de capter en faveur des politiques de l’emploi, l'argent des cotisations destinées à la formation professionnelle des salariés. Le cadre de tout cela se situant à cotisations constantes.

C’est donc le moment de mettre sur la table notre projet de sécurité sociale professionnelle, et de travailler à des propositions concrètes, pour peser tout de suite sur le sens des négociations.

 

Sécurité sociale professionnelle, protection sociale, retraite et démocratie sociale sont des éléments constitutifs d’un nouveau statut du travail salarié.

La bataille pour une protection sociale de haut niveau est une dimension essentielle de nos orientations revendicatives. Les transformations que connaît la société, rendent plus que jamais nécessaire une Sécurité sociale qui assure une sécurité aux citoyens, de la naissance à la mort.

Le droit à la santé est pour nous un droit humain fondamental.

Nous plaidons pour une approche globale de la santé, couvrant l’ensemble des âges et des dimensions de la vie humaine.

En cohérence avec la place centrale du travail dans la construction des individus, nous œuvrons à une démarche articulant le travail, la santé au travail et la santé publique. Nous proposons une réforme profonde du système de santé, fondée sur une prise en charge globale du patient, le développement de soins de proximité, et un service public de santé performant.

Cela implique une rupture avec les politiques menées depuis un certain nombre d’années, et notamment avec la maîtrise comptable des dépenses de santé. Il faut notamment donner à l’hôpital public les moyens nécessaires à l’accomplissement de ses missions, ce qui implique de rompre avec les orientations de la loi Hôpital, Patient, Santé et Territoires, et avec la tarification à l’activité, la fameuse T2A.

Le droit à la Sécurité sociale, c’est aussi le droit à des prestations familiales permettant de faire face aux charges des familles. Nous refusons qu’elles soient sacrifiées au nom de la nécessité d’équilibrer les comptes sociaux.

Garantir une protection sociale solidaire de haut niveau, implique de doter la Sécurité sociale des moyens financiers indispensables. Nous avons des propositions précises et réalistes, reposant sur une logique de valorisation du travail : une modulation des cotisations patronales pour encourager le développement de l’emploi ; la mise à contribution des revenus financiers ; la soumission à cotisations sociales de l’épargne salariale.

La Sécurité sociale n’est pas un coût, c’est un investissement. Nous sommes disponibles pour un vrai débat public sur le financement de la Sécurité sociale, qui n’a jamais véritablement eu lieu jusqu’à présent dans notre pays.

 

L’avenir de nos retraites  fait une nouvelle fois la Une de l’actualité. Le gouvernement, ainsi qu’il l’avait annoncé lors de la Conférence sociale de juillet dernier, va dès la fin de ce printemps ouvrir une concertation sur l’avenir des retraites, préalable à une nouvelle réforme.

Depuis 1987, toutes les réformes mises en œuvre, et les différents accords ARRCO et AGIRC, ont conduit à une dégradation des droits en cours d’acquisition et à une baisse relative des pensions. Notre système par répartition, qui lie le sort des actifs et des retraités, exige que toutes les générations y retrouvent leur compte. On ne peut imaginer que perdure un système qui demanderait aux plus jeunes de contribuer toujours davantage, sans être eux-mêmes assurés de bénéficier à leur tour de droits d’un bon niveau. La confiance des salariés dans la solidarité intergénérationelle est indispensable à la pérennité de notre système de retraite.  Il faut donc œuvrer à ce que le système garantisse à tous de bonnes conditions de retraite, qu’ils soient arrivés au terme de leur vie professionnelle ou qu’ils viennent d’y entrer.

C’est cette porte d’entrée que nous devons promouvoir dans le cadre des débats à venir, alors même que beaucoup s’emploient à privilégier l’approche comptable.

Ils ne vont pas manquer d’utiliser les derniers travaux du COR qui montrent que la réforme de 2010 n’a rien réglé, puisque les besoins de financements sont évalués à une vingtaine de milliards d’euros en 2020.

Ces déficits, amplifiés par la crise, trouvent leur origine dans le refus constant du patronat d’augmenter les ressources des régimes, cela depuis les années 80. Et c’est là le nœud du problème, puisque le nombre de retraités ne cesse de croître, du fait notamment de l’augmentation de l’espérance de vie, et plus conjoncturellement, du papy-boom.

A défaut d’une augmentation conséquente des ressources, c’est le niveau moyen des pensions qui serait appelé à baisser : entre 10 et 28 % selon le COR entre 2011 et 2060, plus encore dans l’hypothèse d’une dégradation du rendement des régimes ARRCO et AGIRC.

Nous allons devoir nous employer à intervenir dans les semaines et mois à venir, afin que le cadre du débat soit bien le niveau des pensions. Il doit être a minima de 75% du salaire d’activité, avec un âge d’ouverture des droits dès 60 ans, voire inférieur pour celles et ceux qui ont été exposé-es à la pénibilité.

En faisant jouer à plein sa rhétorique autour du prétendu coût du travail, le Medef va faire feu de tout bois pour convaincre de l’impossibilité d’augmenter les ressources. L’obligation, selon lui, d’ajuster les prestations, pourrait même conduire à la possibilité de les abaisser en valeur absolue d’une année sur l’autre, comme c’est le cas aujourd’hui en Suède.

Le pouvoir politique, au motif de la réduction des dépenses publiques, de la baisse du déficit, et des gages à donner aux marchés financiers et aux agences de notation, sera sur la même longueur d’onde, et va probablement mettre en avant une nouvelle augmentation de la durée exigée pour le taux plein. Il est question d’aller à 45 ans pour la génération 2000 …

Même si la tâche est rude, elle est tout-à-fait à notre portée.

Nos propositions, tant sur les droits et garanties que sur les financements associés, nous permettent d’envisager une bataille offensive. Ainsi, nous ne nous contentons pas d’affirmer qu’il y a de l’argent pour financer la protection sociale, nous avançons des propositions précises, comme par exemple la modulation des cotisations dites « patronales ». En matière de pilotage, de coordination et de solidarité, nous proposons une maison commune des régimes de retraite, qui apparaît bien comme une alternative crédible et progressiste à l’édification d’un régime unique, dans lequel  les droits seraient nivelés par le bas.

Notre cohérence revendicative est un second atout.

C’est un élément majeur dans la bataille à venir, parce qu’on ne peut sérieusement traiter de la question des retraites sans parler de l’emploi, des salaires, des conditions de travail, des droits d’intervention dans les entreprises, bref du travail dans toutes ses dimensions.

Comme chacun le sait, les positions des différentes organisations syndicales sont diverses et variées. Mais rien n’est jamais joué d’avance, et nous pouvons faire que ces positions se rapprochent, en allant au devant des salariés, et en leur présentant nos analyses et propositions.

Plus les salariés se les approprieront, plus nous serons en mesure de construire l’unité syndicale, indispensable pour la reconquête de droits  répondant aux besoins des retraités actuels et futurs.

 

La démocratie sociale, de nouveaux droits pour le syndicalisme

Construire un nouveau contrat social comme nous le voulons, nécessite de poser la question de l’exercice de la démocratie sociale et du lien avec la démocratie politique. La démocratie sociale est celle qui permet aux salariés et à leurs représentants d’intervenir dans les choix sociaux qui concernent le monde du travail. La démocratie politique est celle qui confère aux élus de la nation, la mission de faire la loi qui s’impose à tous, et dont la cohérence donne un sens à la société.

Le gouvernement actuel propose de faire entrer le principe de démocratie sociale dans la Constitution. Le MEDEF mène campagne de son côté, en faveur d’un dialogue social facteur de performance de l’entreprise, encadré par l’entreprise, et adapté à sa réalité. La question des objectifs est donc posée!

Le processus initié par la loi Larcher de 2007 prévoit que chaque projet de loi concernant les règles générales du travail soit obligatoirement précédé d'une concertation avec les partenaires sociaux. La construction en cours de la loi dite de « sécurisation de l’emploi » l’a démontré, une grande hypocrisie règne dans ce processus. Le Ministre du Travail intervient en arrière-plan dans la négociation et demande ensuite aux parlementaires la transposition fidèle d’un accord minoritaire, au nom du « respect des partenaires sociaux » !

 

En premier lieu, la CGT revendique qu’on aille jusqu’au bout de la démarche initiée par la loi du 20 août 2008 sur la représentativité syndicale : pour être applicable aux salariés, toute convention négociée doit reposer sur un accord majoritaire, en audience syndicale.

Deuxièmement, pour clarifier le processus et placer, en toute transparence, chaque acteur devant ses responsabilités, la CGT propose que la phase de négociation patronat-syndicats devienne une consultation tripartite, impliquant le gouvernement auteur d’un projet de loi. S’il s’agit d’une proposition de loi, la concertation devrait être menée avec la représentation des parlementaires qui en ont l’initiative.

 

Démocratie sociale et démocratie politique se côtoient et s’articulent, elles sont toutes deux sensibles au rapport de forces.

Le travail et le droit du travail sont des éléments structurant de notre société. Et c’est précisément parce que les droits des travailleurs sont malmenés et sans cesse remis en cause que la crise peut se développer. Il revient donc aux élus de la Nation de légiférer afin de déterminer le socle commun de notre vivre ensemble et de ses mécanismes. Ainsi, les accords, les contrats, les conventions collectives, qui sont le périmètre de la démocratie sociale, ne peuvent en aucun cas être dérogatoires à la loi. Ils ne peuvent que l’améliorer ou ajouter certaines clauses plus favorables particulières à certains métiers, certaines situations. C’est ce qu’on appelle la hiérarchie des normes et le principe de faveur, qui sont aujourd’hui ouvertement combattus par le patronat, et les tenants du libéralisme capitaliste. Hiérarchie des normes et principe de faveur doivent être défendus et reconquis, en tant que principes modernes du droit social et de l’économie.

 

L’exercice de la démocratie sociale implique des droits et des moyens pour les salariés et leurs organisations syndicales.

La plupart des grandes entreprises ont mis en place une stratégie, bien trop similaire pour ne pas être concertée, de centralisation extrême des institutions représentatives du personnel, pour les  éloigner des salariés et réduire les heures de délégation syndicale. Face à cela, nous proposons la conquête d’un véritable droit syndical à la proximité avec les salariés, et des moyens syndicaux nécessaires à cette proximité. Le rôle des instances représentatives du personnel doit être respecté et étendu, avec notamment l’existence d’un droit de veto pour les CE en cas de restructuration de l’entreprise et de licenciements.

Parallèlement, il faut poursuivre le combat que nous avons commencé pour que tous les salariés, y compris ceux des très petites entreprises, puissent bénéficier d’instances de représentation collective, à travers lesquelles de nouveaux droits économiques et sociaux leur seront ouverts.

L’utilité sociale du syndicalisme confédéré se manifeste à de nombreux niveaux dans la négociation collective des normes sociales : dans les branches, dans les territoires, au niveau national interprofessionnel, dans les multiples instances publiques de concertation et aussi dans l’accueil direct des salariés en difficultés avec leur employeur. Exercer ces missions d’utilité publique, implique de disposer de moyens et de droits syndicaux interprofessionnels et pas seulement attachés à l’entreprise. Nous mettons donc en débat l’instauration légale d’un volume de droit syndical interprofessionnel. Il serait mutualisé au niveau de l’ensemble des entreprises et administrations et financé par une cotisation des employeurs.

Enfin, le respect de la démocratie sociale ne peut se faire sans respect absolu de la liberté syndicale et du droit syndical à l’entreprise, comme dans les territoires.

La répression antisyndicale est une réalité insupportable dans notre pays.

Il ne suffit pas que le Code du travail prévoie l’indemnisation des syndiqués discriminés ou licenciés. Les employeurs fauteurs d’actes de discrimination antisyndicale doivent être passibles de sanctions pénales. La délinquance antisyndicale ne doit pas rester impunie !

À la remise en cause des libertés et du droit syndical, nous y sommes confrontés aussi au niveau des territoires. Par exemple, depuis plusieurs années, les Maires de Châteauroux et de Chartres, ont lancé des actions juridiques visant à expulser les unions départementales et locales des locaux qu’elles occupent. C’est aussi Christian Estrosi, Maire de Nice et Vice-Président de l’UMP, qui entend expulser les syndicats départementaux et locaux de leur immeuble.

Les interventions de la CGT auprès du gouvernement actuel ont conduit à la mise en place d’une mission de l’IGAS sur la question de l’hébergement par les collectivités des « antennes territoriales » des confédérations syndicales. La CGT en attend l’instauration d’un véritable droit à l’hébergement sécurisé des organisations territoriales confédérées.

 

Restons sur les territoires :

Les territoires et l’action publique

A l’opposé d’une vision abstraite du travail, portée par le patronat et le monde de la finance, le travail et la vie des salariés et des retraités sont ancrés dans des territoires. Aujourd’hui,  la mise en concurrence des territoires, prend le pas sur une logique d’aménagement et de développement durable, fondée sur l’intérêt général et la satisfaction des besoins sociaux.

Cette culture de la compétition, cette spécialisation des territoires, correspondent aussi aux nouvelles formes d’organisation de la production en France, en Europe et dans le monde.

Le temps n’est surtout pas à la résignation ! Ce modèle d’organisation économique porte en germe son déclin, avec l’éloignement des centres de productions, la progression anarchique des villes et la désorganisation des transports collectifs.

Le déficit démocratique dans lequel s’élabore ce schéma d’organisation économique et sociale est à l’opposé des exigences exprimées par nos concitoyens et le monde du travail.

La CGT entend s’approprier ces questions pour imaginer un autre développement, au service du progrès social.

Cela nécessite ambition et pragmatisme ! Cela nécessite surtout de prendre à bras-le-corps, au plus près du terrain, une démarche de diagnostic, de partage d’informations, d’élaboration de propositions, d’investissement dans le dialogue social, et ceci avec toutes nos organisations, qu’elles soient professionnelles ou territoriales.

Le travail autour de projets communs, tant revendicatifs que concernant la vie syndicale, est maintenant indispensable.

C’est déjà une réalité dans un certain nombre d’endroits où les organisations de la CGT ont construit des projets industriels à partir des besoins, des savoir-faire, des capacités de formation et des patrimoines industriels ou de recherche existants. C’est le cas par exemple du projet « Hydr’Alu » en Savoie, où les différentes organisations de la CGT ont construit un projet de redéploiement de l’activité de l’usine de fonderie d’aluminium de Rio Tinto et du laboratoire de recherche fondamentale, connecté à la construction de nouveaux moyens de production d’électricité à partir d’énergie hydraulique.

 

Si la CGT appelle au changement, c’est d’abord parce qu’elle croit résolument à l’action publique. Notre histoire sociale, ou tout au moins ses épisodes les plus progressistes, s’est construite à partir de cette recherche permanente d’identification de l’intérêt général et des moyens de satisfaire les besoins sociaux.

Oui, le Service Public structure le développement économique et social ;

Oui, l’industrie comme la culture doivent faire l’objet d’une véritable ambition publique ;

Oui, les politiques publiques déterminent le mode de développement, et à travers lui la répartition des richesses.

Oui, l’Etat comme les collectivités locales peuvent agir, au niveau national et territorial : administration, services publics, fonction publique, recherche publique sont les outils au service  de cette « action publique ». Le statut de la fonction publique permet de sécuriser le cadre d’intervention des agents publics :agir pour le compte de l’Etat, d’une collectivité, ou d’une entreprise publique nécessite une indépendance et une autonomie, et donc un statut !

La CGT entend réhabiliter le Service Public ! Elle poursuivra sa campagne « politique industrielle » et simultanément sa campagne « services publics, tous gagnants » et la déclinera au plus près des territoires, en croisant avec les filières professionnelles. Parce que ces campagnes sont centrées sur la recherche d’un développement humain durable, elles sont des points d’appuis indispensables pour sortir de la crise, y compris au niveau européen.

 

Cela m’amène à évoquer le projet de loi portant l’Acte III de la décentralisation.

De révision générale des politiques publiques en réforme des collectivités territoriales, le processus de réforme de l’Etat est devenu un dogme au service de la doctrine budgétaire !

La Modernisation de l’Action Publique, la MAP, constitue le nouvel avatar de cette pensée ô combien unique, pouvant se résumer à ce slogan « Faire toujours plus avec toujours moins » ! Aux mêmes motifs, les mêmes punitions : hier la CGT condamnait la RGPP, aujourd’hui elle dénonce la MAP !

L’Acte III de la décentralisation est revendiqué par la Ministre, Madame LEBRANCHU, comme la première phase de la modernisation de l’action publique.

La CGT porte un regard très critique sur le projet de loi.

Sur la forme, car la consultation qui a précédé l’écriture du  projet s’est concentrée essentiellement sur le monde des élus, délaissant les acteurs que sont les organisations syndicales.

Sur le fond, car le projet consacre une vision élitiste de l’organisation territoriale : les processus de régionalisation et métropolisation, chacun à leur manière, correspondent à une recherche de spécialisation et mise en concurrence des territoires : la métropolisation concentre les moyens pour l’excellence, la régionalisation pouvant, elle, déboucher sur une démarche régionaliste, c’est-à-dire remettant en cause l’égalité territoriale.

La décentralisation peut être un outil au service de l’intérêt général, mais cela nécessite quatre conditions :

-          Qu’elle serve un projet économique et social ambitieux,

-          Qu’elle vise et s’appuie sur une conception renforcée de la démocratie,

-          Qu’elle assure un développement équilibré des territoires,

-          Qu’elle repose sur une réforme des financements associant péréquation, dotations budgétaires de haut niveau, fiscalité, et pôle financier public.

Le projet de loi en cours d’élaboration doit d’abord servir un grand projet de développement économique et social. A défaut, il accréditerait l’idée que

l’Etat ne réfléchit plus l’action publique qu’en termes comptables, sans autre dessein.

 

Ce n'est pas de moins d'Etat dont nous avons besoin, mais au contraire d'un Etat stratège, avec des moyens d’action. C’est aussi l’avis du Conseil Economique, social et Environnemental.

Comme l’a dit l’économiste Robert Salais hier lors de notre forum international, partout où le politique organise, consciemment ou non, le recul de l’Etat, c’est le marché qui décide.

Cette question du rôle, des moyens et capacités d’action de l’Etat, est aussi posée pour permettre une reconquête industrielle. En l’espace de cinq ans, 347 000 emplois manufacturiers ont été détruits. Les restructurations, les fermetures de sites, les délocalisations, la diminution des capacités de production marquent l’actualité.

Au cours du second semestre 2012, les annonces de suppressions d’emploi se sont succédé. C'est le diktat d'Arcelor Mittal sur le site de Florange, le gigantesque plan de 11 000 suppressions d'emplois de PSA et de fermeture du site d'Aulnay, c'est celui de 8 000 suppressions d'emplois de Renault, de 1 000 chez Sanofi, de Virgin, les 1 500 d'Acatel-Lucent, de Doux, de la Banque de France, de France Télévision, de Goodyear, les Pilpa, les Fralib et de tous les autres. En cascade, dans nos départements, il y a une multitude de suppressions d'emplois dans les petites entreprises. Aucune catégorie de salariés n’est épargnée, mais c’est la population ouvrière qui est la plus sévèrement touchée. C'est la production de richesses qui diminue, une perte de vitalité pour notre pays, un affaiblissement considérable.

Le patronat utilise le climat créé par ces annonces successives pour exercer une pression directe sur les  salariés dans tous les secteurs d’activité, et obtenir à tout prix leur accord pour une plus grande flexibilité, des gels de salaires, une augmentation de la durée du travail. La mise en concurrence se joue à échelle mondiale, mais se manifeste parfois aussi très localement, par exemple, entre Amiens nord et Amiens sud, Goodyear et Dunlop, pour aggraver les conditions d'exploitation et peser sur la résistance des salariés.

Malgré cette apparente toute puissance du patronat sur le sort des salariés, malgré les efforts de division du monde syndical, il existe des signes de confiance et d’expressions de convergence dans le salariat et la population.

C’est le formidable élan de solidarité financière envers les salariés de PSA, qui va bien au-delà de la CGT et des salariés de l’usine, et qui a dégonflé d’un coup la campagne médiatique scandaleuse, destinée à renvoyer la violence dans le camp des salariés.

C’est aussi une conscience grandissante de la convergence d’intérêt des salariés. Un récent sondage de l’IFOP montre que la lutte des classes est une réalité bien vivante et que les français ont toujours le sentiment d’appartenir à une classe sociale.

 

Le MEDEF est à la manœuvre pour discréditer la CGT et ses militants, pour disqualifier l’expertise des salariés à la recherche de solutions industrielles qui privilégient l’emploi qualifié, et la pérennité de la production.

L’exemple de Goodyear est significatif de cette campagne.

Mais quand l’insulte, le mensonge et le mépris tiennent lieu d’argument au PDG de Titan, ce n’est pas lui qui ne veut pas de nous, c’est nous qui ne voulons pas de lui !

Ce dont souffrent aujourd’hui l’industrie et les entreprises, ce n’est pas du coût du travail, mais de la dérive financière de l’économie. Pour sortir de cette spirale, une des conditions est que les salariés disposent de droits d’intervention dans la stratégie des entreprises. Il est insupportable que les représentants des salariés, doivent se contenter de donner un avis sur les reclassements ou le niveau des indemnités de licenciement, quand les actionnaires ont envoyé l’entreprise dans le mur. Etre contraint à contester le projet patronal nous enferme en réalité dans l’accompagnement. De multiples exemples montrent que l’expertise des salariés, leur attachement à leur travail et aux savoir- faire de l’entreprise, permettraient de maintenir et développer la production. C’est le cas à Gandrange où les syndicats défendent la construction d’une aciérie électrique. C’est le cas aussi à Aulnay, où les camarades de PSA ont un plan B qui coûte 119 millions d’euros sur sept ans, quand la fermeture de l’usine coûterait 250 millions. Les représentants des salariés doivent avoir la possibilité de proposer des alternatives, au même titre que les dirigeants de l’entreprise. Avec un droit suspensif, les salariés pourraient proposer leur projet, au moment où la direction présente son choix. La proposition du gouvernement d’intégrer des salariés dans les conseils d’administration va dans ce sens, mais est insuffisante si elle n’est pas assortie de droits supplémentaires. Les banques doivent également se détourner de la spéculation et retrouver leur fonction première de financement des investissements et du crédit.

Nous ne saurions oublier dans ce contexte, l'importance particulière que revêt le débat sur la transition énergétique. Au terme du débat, un projet de loi doit être déposé au cours du second semestre 2013. C'est une partie de notre bataille pour l'industrie qui se joue là. Les enjeux sont considérables: la réponse aux besoins à échelle mondiale, le prix de l’énergie, le mix énergétique, la maîtrise publique, l'environnement, le développement régional. Nous savons où veulent nous emmener un certain nombre d'acteurs, de groupes de pression, de lobbys: il faudrait augmenter lourdement le prix de l'énergie, continuer la dérèglementation, s’engager dans la décroissance. Toutes ces orientations conduisent à des impasses.

 

Pour répondre aux besoins humains en conjuguant respect de l’environnement et démocratie, la CGT porte très haut sa proposition d'un pôle public de l'énergie.

 

Disposer de moyens d’action publique, c’est aussi agir sur la fiscalité.

Nous réaffirmons le caractère redistributif de l’impôt : ceux qui ont des moyens financiers suffisants, sont appelés à contribuer davantage au financement des dépenses publiques qui profitent à tous.

Cette idée justifie un système d’imposition progressif où la contribution des individus augmente plus que proportionnellement à leurs moyens financiers.

Cette même logique justifie que l’on privilégie l’impôt direct, car l’impôt indirect, à l’instar de la TVA, ne tient pas compte des capacités contributives des gens et est donc socialement injuste.

Mais au-delà de sa dimension redistibutive, l’impôt doit aussi servir d’instrument de promotion de l’activité économique.

Le système fiscal français souffre de plusieurs défauts majeurs qui ne permettent pas d’atteindre ces deux objectifs.

Même s’il introduit quelques éléments positifs, le budget 2013 ne met pas fin à ces difficultés parce qu’il est imprégné par le Traité européen sur la stabilité, la coordination et la gouvernance.

En particulier, la taxation du capital à hauteur du travail, promise par François HOLLANDE pendant la campagne présidentielle, fait long feu. Ainsi, les bénéfices tirés de la vente des actions et d’autres actifs financiers, qui devaient être taxés au titre de l'impôt sur le revenu au taux progressif, continueront à bénéficier du prélèvement forfaitaire obligatoire à 19%.

Concernant les niches fiscales, certaines d’entre elles sont revues à la baisse, mais on est loin du grand nettoyage attendu. En revanche, de nouveaux cadeaux sont envisagés, à l’instar du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi, quémandé par Laurence PARISOT, et qui coûtera à terme 20 milliards d’euros par an. C’est la patronne du MEDEF qui nous parle d’amour, mais qui dispose d’une carte bancaire à la place du cœur !

Ces observations sont à l’origine de la revendication de la CGT, d’une réforme en profondeur de notre système fiscal pour répondre simultanément à plusieurs objectifs : améliorer la justice sociale ; inciter les entreprises à accroître l’investissement dans la formation des salariés, dans la recherche et dans le développement des moyens de production ; préserver l’environnement ; lutter contre la spéculation et les paradis fiscaux.

Une telle réforme nécessite des coordinations au niveau européen, pour mettre fin à la concurrence fiscale et à la course aux moins-disant dans l’espace européen.

Mes chers camarades, je viens de brosser le paysage de notre champ d’intervention syndicale, venons- en maintenant à ce que nous avons à faire :


Nos défis

Nous le savons, pour construire un mouvement social durable qui permette de réorienter l’économie en faveur des besoins humains, de la reconnaissance du travail et des droits des salariés, nous avons plusieurs défis à relever.

Le paysage syndical français est en pleine évolution, bousculé par la crise et les nouvelles règles de représentativité. Désormais, les élections professionnelles déterminent la représentativité et l’audience des syndicats à tous les niveaux : entreprises, branches, et au plan interprofessionnel. Ainsi, pour la première fois, les salariés détiennent les clés de la représentativité syndicale, et donc aussi de leur possibilité d’intervention. Ces modalités nouvelles encouragent la dynamique de syndicalisation, la capacité d’agir des salariés et l’exercice de la démocratie sur les lieux de travail.

Le premier des défis à relever est celui de la syndicalisation. Je l’ai dit, nous sommes dans une situation encourageante avec une progression continue du nombre d’adhérents à la CGT depuis cinq ans. A ce jour, nous clôturons l’année 2011 à 692 390 FNI. Mais cette progression cache de fortes disparités d’implantations territoriales, et de prise en compte de toutes les catégories de salariés, de privés d’emplois  et de retraités. Le nombre d’adhérents en activité représente 2,6% des 22 millions de salariés, et les adhérents de l’UCR représentent 0,9% des 13 millions de retraités. Le pourcentage des chômeuses et chômeurs syndiqués est infime.

En 2012, 45% des nouveaux adhérents sont des femmes, 18% sont âgés de moins de 30 ans, 20 % travaillent dans des entreprises de moins de cinquante salariés. Ce nouveau visage de la CGT, nous oblige aussi à faire évoluer nos méthodes de fonctionnement, pour favoriser l’exercice des responsabilités de toutes et tous, à tous les niveaux. Les femmes expriment, dans le travail et dans le syndicalisme, des aspirations qui ouvrent vers plus d’universalité. C’est un facteur d’évolution indispensable de nos pratiques et de nos modes de pensée actuels.

L’évolution démographique portera la population des retraités à environ un tiers de la population totale aux environs de 2020. Sous cet angle, la syndicalisation des actuels et futurs retraités est un enjeu pour la CGT.

Les récents résultats aux élections professionnelles comme par exemple à la SNCF, à France Télécom, dans les chambres d’agriculture ou dans les TPE, montrent une confiance des salariés vis-à-vis de la CGT. Plus de 60% des jeunes entre 18 et 34 ans ont une bonne opinion de la CGT, selon le sondage IFOP de la semaine dernière. Mais, s’ils la jugent utile pour défendre leurs intérêts, cela ne les conduit pas nécessairement à faire le pas de l’engagement.

Pour franchir une nouvelle étape de syndicalisation, il est indispensable d’identifier nos difficultés, de déterminer les blocages qui perdurent dans notre organisation et d’accélérer nos transformations.

Nous avons l’ambition d’être la CGT de toutes et de tous. Depuis 30 ans, les mutations économiques et technologiques, la mondialisation capitaliste, la mise en concurrence des salariés ont bouleversé et éclaté le salariat de notre pays. Le développement du chômage de masse et de la précarité, la désindustrialisation des territoires et les externalisations massives d’activité, sont une des facettes de ces mutations, mais pas la seule.

Les services se sont développés, engendrant de nouveaux modes d’organisation du travail, les services à la personne emploient deux millions  de salariés dont 90% sont des femmes, travaillant le plus souvent de façon isolée et à temps partiel, et sur des lieux éclatés. L’augmentation du travail intellectuel et l’élévation générale des qualifications font naître de nouvelles aspirations. La part des diplômés de l’enseignement supérieur augmente. Les jeunes développent un rapport au travail, à l’entreprise et à l’engagement social, différent de leurs ainés. Les retraités, dont les préoccupations sont ancrées dans des bassins de vie et plus dans l’entreprise, ont des revendications diversifiées.

Mener une politique ambitieuse de syndicalisation, c’est savoir compter avec ces réalités nouvelles, cette diversité du salariat, rendre notre organisation ouverte, accessible, transparente, vivante, adaptable. Mais c’est aussi être en capacité d’accueillir les nouvelles adhérentes et nouveaux adhérents, dans un syndicat qui fonctionne et où ils trouveront leur place. C’est leur montrer que l’on a besoin d’elles et d’eux dans la CGT en leur confiant des responsabilités. C’est faire de la démocratie et du travail collectif le moteur de notre organisation.

 

Mais pour pouvoir être la CGT de toutes et de tous les salariés, privés d’emploi et retraités, encore faut-il qu’ils puissent rencontrer la CGT !

Nous avons un problème qu’il nous faut regarder en face : la grande majorité de nos bases syndicales se situe sur un périmètre d’entreprises qui emploient une minorité de salariés. Les périmètres de nos syndicats ne suivent pas l’évolution de la cartographie du salariat. Sur les 2 800 salariés qui ont adhéré en ligne sur le site internet de la CGT, 1 000 n’ont toujours pas trouvé de base syndicale de proximité !

Adapter notre organisation, faire dialoguer nos structures et donner une réalité concrète à notre choix d’être confédérés est notre deuxième défi.

La prédominance des objectifs financiers dans la stratégie des entreprises conduit les directions des groupes à organiser une flexibilité permanente des organisations, à faire de la sous-traitance un mode d’organisation du travail.

Des salariés de différentes nationalités, entreprises, ayant des droits et des conventions de travail différentes, se côtoient sur des projets et des sites communs. C’est vrai dans l’industrie mais également dans le commerce ou les services. Dans la fonction publique aussi, les frontières ont bougé avec les réformes territoriales, le recours aux vacataires et aux CDD.

L’évolution du travail vers des rythmes et des formes d’organisation atypiques nous oblige à repenser nos organisations, pour qu’elles assurent une pérennité et une stabilité syndicale de proximité, pour qu’elles permettent de recréer des espaces de liberté collectifs, de partage et de dialogue des salariés entre eux.

Ces évolutions bousculent les périmètres historiques des organisations de la CGT, encore très majoritairement arrimées aux conventions collectives et  aux instances représentatives du personnel des grandes entreprises. Nous avions déjà identifié cette problématique lors de notre 49ème Congrès, ainsi que l’émergence du fait régional et territorial. Les territoires sont à la fois lieux de vie et lieux de travail. Nous avons donc besoin de décloisonner nos organisations professionnelles et territoriales pour faire vivre la solidarité, partager les expériences et s’entraider, dans et hors de l’entreprise.

Pour franchir une nouvelle étape de syndicalisation, il s’agit d’être présent là où les salariés se trouvent : dans les PME et PMI, dans les fortes concentrations d’ingénieurs, cadres et techniciens, majoritairement regroupées dans les grandes agglomérations, dans le  commerce et les services.

Des nouvelles formes d’organisation syndicale se développent : c’est le cas par exemple du syndicat de site sur le chantier de l‘EPR à Flamanville, de l’union syndicale des chantiers navals à Saint Nazaire, ou du syndicat de site du centre commercial de Lyon Part-Dieu. Ces nouvelles formes de structuration syndicale conduisent à ouvrir et faire vivre de nouveaux droits interprofessionnels : des CHSCT de site, des comités interentreprises, des locaux syndicaux interprofessionnels, des comités de suivi entre donneurs d’ordres et organisations syndicales. Ces droits doivent maintenant être étendus, pour doter partout les représentants syndicaux de site de réels pouvoirs d’intervention, et de moyens syndicaux au niveau interprofessionnel.

 

Il n’existe pas de modèle applicable à toutes les situations mais une démarche : c'est-à-dire établir des priorités, des cibles, croiser en permanence professions et territoires pour expérimenter en fonction des réalités vécues par les salariés, leurs conditions de vie et d’emploi, nous  appuyer sur les avis et les besoins des syndiqués.

Là aussi, il nous faut passer à la vitesse supérieure. C’est l’objet de la Résolution 3 du Document d’orientation.

Enfin, et je sais que cette question fait débat dans la CGT aujourd’hui, nous devons affronter la question de l’unité d’action des salariés et du syndicalisme rassemblé. L’affronter entre nous, avec les syndiqués et plus largement avec les salariés. Cette question ne concerne pas seulement les organisations de la CGT, elle est également posée à l’ensemble du syndicalisme de notre pays.

La CGT est née de la prise de conscience que face aux employeurs, pour être plus forts, tous les salariés, au-delà de leurs différences, devaient être organisés dans un seul syndicat.

La division du syndicalisme dans notre pays fait partie intégrante de notre histoire sociale. C’est un frein pour la conquête de droits nouveaux et de transformation sociale. Comme nous l’a appris Bernard Thibault, quand les syndicalistes n’arrivent plus à se serrer la main, c’est les patrons qui se frottent les leur !

Toutes les grandes périodes de conquêtes sociales ont été marquées par l’intervention massive des salariés et par l’unité de leurs syndicats. C’est à la construction de ce mouvement, qui n’est pas pour l’instant à la hauteur des enjeux, que nous devons donc œuvrer.

La division du  mouvement syndical français apparaît d’autant plus anachronique que le syndicalisme européen a fait la démonstration de ses capacités à converger, ce qui a permis de mettre en perspective une Europe sociale.

En France, nous ne sommes pas condamnés à la division syndicale. D’ailleurs, la dernière période montre que les lignes peuvent bouger. L’unité avec FO paraissait inaccessible il y a 6 mois. Dans le cadre de la négociation sur la qualité de vie au travail et l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, les cinq organisations syndicales ont travaillé à une plateforme revendicative commune.

Les conditions de la négociation AGIRC-ARRCO qui viennent de se terminer témoignent d’avancées possibles avec les autres organisations syndicales, face aux positions du MEDEF : alors que Laurence PARISOT avait durcit le ton, en excluant toute augmentation des cotisations, le projet d’accord soumis à la signature se conclut par une augmentation des cotisations qui même modeste, permet d’améliorer la situation financière des régimes et les droits futurs des cotisants.

Il n’y a pas donc pas de rupture avec la CFDT, comme il n’y a pas de mariage avec FO.

La recherche de l’unité syndicale est une constante de la CGT, car elle est source d’efficacité pour rassembler le plus largement possible. D’ailleurs les salariés le savent, car l’unité syndicale est toujours un catalyseur de leur mise en mouvement et de leur participation aux luttes sociales.

Bien souvent, ils ne comprennent pas que le syndicalisme puisse être divisé sur des enjeux importants pour le monde du travail et en renvoient la responsabilité aux syndicats eux-mêmes, y compris la CGT.

Etre totalement transparents vis-à-vis des salariés, expliciter les sujets de désaccords entre organisations syndicales, faire connaître nos propositions, encourager la confrontation des idées comme un mode normal de relations entre organisations syndicales, c’est cette démarche que nous proposons. N’est-ce pas en opérant de la sorte que nous pourrons enclencher un mécanisme de rassemblement du syndicalisme dont les salariés seraient comptables ?

Reconnaissons ensemble que les dossiers sociaux qui nous attendent, ouverts par la Conférence sociale de juillet 2012, nous obligent à poursuivre la réflexion, pour dépasser nos difficultés à appréhender nos divergences avec les autres syndicats. La future direction confédérale devra s’y engager.

Mes chers camarades, nous avons aussi un défi à relever à très court terme, c’est celui de la pérennité de notre NVO et de ses publications. Vous le savez, le CCN a décidé de lancer, en s’appuyant sur les syndicats, une souscription d’urgence en direction des syndiqués à raison d’un euro par syndiqué, car c’est le niveau qu’il nous faut viser pour sortir la NVO de ses difficultés financières. A ce jour, 30 500 euros ont été versés à la souscription. C’est donc le moment d’agir.

 

Voilà, Cher-e-s camarades, les éléments d’appréciation et d’analyse que je voulais vous livrer en préambule à nos débats.

Partout en France, en Europe et dans le monde, nous avons besoin d’un nouveau modèle de développement social, économique, humain, écologique.

Un immense chantier nous est ouvert pour élaborer avec les salarié-e-s de tout statut d’emploi, de toute entreprise, de toute génération, les propositions de conquête de la CGT. Votre responsabilité est de définir, à travers nos orientations, le chemin que nous allons prendre ensemble.

A l'occasion du 100ème Anniversaire de la CGT, l'écrivain Jean-Pierre Chabrol disait : "Avec la CGT, la vie aurait pu être meilleure, sans la CGT elle aurait été pire".

Oui, avec la CGT, on peut changer les choses ! Notre syndicalisme est porteur d’espoir ! Oui, c’est la force collective qui nous pousse, c’est notre syndicalisme qui libère ! Le monde comme l’avenir sont ouverts. Ensemble, oui, tous ensemble, nous pouvons transformer le monde ! Faisons en sorte que les millions de salariés, retraités et privés d’emploi de notre pays s’emparent de la CGT  pour changer leur vie !

Vive la CGT et vive notre 50ème Congrès !

Source humanite.fr

Partager cet article

Repost 0
Published by Cyril LAZARO - dans cgt
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Le blog de Cyril LAZARO
  • Le blog de Cyril LAZARO
  • : Le blog d'un militant syndicaliste en lutte pour plus de justice sociale à Disneyland Paris. Réflexions, revendications, humour et amitiés
  • Contact

Carte visiteurs blog

Recherche

Nombre de visiteurs

Nombre de pages vues