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19 mars 2014 3 19 /03 /mars /2014 23:51

Ce que révèle la série noire de suicides chez Orange


Alors que le climat social semblait apaisé depuis l'arrivée de Stéphane Richard, une nouvelle série de suicides ébranle Orange. Les syndicats dénoncent une concurrence exacerbée. La direction invite à la prudence sur l'analyse des situations.
Neuf suicides entre le janvier et mars 2014. Soit, en deux mois, presque autant que pour l'ensemble de l'année 2013 (11 suicides). Le chiffre fait d'autant plus froid dans le dos qu'il concerne des salariés d'Orange. L'opérateur télécoms avait déjà été ébranlé par une vague de suicides entre 2008 et 2010 (près d'une soixantaine sur la période), qui avait conduit à la démission du PDG de l'époque, Didier Lombard, remplacé depuis 2011 par Stéphane Richard.


Il s'agit de femmes et d'hommes de tous âges et de toutes qualifications. Un homme s'est jeté sous le RER A en gare d'Auber, d'autres se sont immolés par le feu, l'un s'est poignardé, détaille Mediapart, qui a révélé ces données mardi.

Selon l'Observatoire du stress et des mobilités forcées, organisme créé à l'initiative des syndicats d'Orange (CFE-CGC et SUD) en 2008 et qui a confirmé le décompte dans un communiqué, la majorité ("sept au moins") de ces suicides "ont une relation explicite au travail". Les syndicats du groupe, qui avaient alerté la direction sur ces suicides dès le 18 février, lors d'un Comité national d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CNSHSCT), se veulent plus prudents.


Climat social apaisé

"L'un de nos militants s'est suicidé pour des raison familiales; un autre jeune homme pour un échec sentimental; une jeune femme parce qu'elle a appris que sa sclérose en plaque allait la paralyser, raconte Sébastien Crozier, président du syndicat CFE-CGC/UNSA chez Orange. Pour une grande partie, il s'agit de motifs personnels. Pour d'autres, oui, c'est avéré qu'ils étaient en souffrance au travail". 

"Nous n'avons pas trouvé, à ma connaissance, de lettre mettant en cause directement l'entreprise, comme ce fut le cas il y a cinq ans, confie Patrick Ackermann, délégué syndical de Sud-PTT Orange. On ne peut pas lier tous ces suicides au travail, mais c'est quand même le signal qu'il se passe quelque chose de grave dans l'entreprise", estime néanmoins le syndicaliste. 

Le climat social s'est "apaisé" au sein l'entreprise, notamment grâce au "contrat social" lancé en 2010, relève l'Observatoire du stress et des mobilités forcées. Mais, écrit-il, "on retrouve dans l'entreprise d'aujourd'hui les facteurs structurels de la crise 2007-2009, dont l'une des manifestations, la plus grave, est la remontée rapide des suicides". Est le retour de ce que les syndicats dénonçaient alors comme un "management par la peur"?


30.000 supressions de postes d'ici 2020

"Stéphane Richard a pris trois engagements qui n'ont pas été remis en cause: l'arrêt des fermetures de sites, des mobilités forcées et de la politique d'externalisation, rappelle Sébastien Crozier. A l'époque Lombard, c'était la violence sociale organisée pour faire partir les gens, ajoute le représentant syndical CFE-CGC. Aujourd'hui, c'est différent". 

Le plan NEXT engagé en 2005 par l'ancienne direction visait à supprimer 22.000 postes et à réorienter 14.000 salariés vers d'autres métiers entre 2006 à 2008, "par la porte ou par la fenêtre", disait alors Didier Lombard, toujours mis en examen depuis juillet 2012 pour harcèlement moral dans l'enquête sur la vague de suicides dans le groupe. En 2011, Stéphane Richard s'est engagé à maintenir l'emploi. 

Mais confronté à des profits en baisse, le groupe a annoncé en 2013 sa volonté de supprimer 30.000 postes d'ici à 2020. Ce sont des départs volontaires qui visent les seniors en pré-retraite. Ces départs seront à peine comblés par 4.000 embauches. 

"En l'espace d'un an la situation s'est dégradée au travers des suppressions d'emplois programmées sur plusieurs années et l'insuffisance de recrutements, de l'accélération des fusions, des restructurations, des changements de métiers, des changements de l'environnement du travaila, a alerté l'ensemble des organisations syndicales d'Orange mi-février. 

En outre, "on assiste à une pression managériale pour faire tourner la machine, avec des objectifs de réussite de plus en plus ambitieux", regrette Patrick Ackermann. Objectifs qui, dans un contexte extrêmement concurrentiel, sont souvent inatteignables.


Malaise dans le secteur

Le malaise chez Orange révèle en filigrane un climat social dégradé dans le secteur des télécoms. "Il y a peut-être moins de suicides chez nos concurrents, mais tous nos camarades nous disent qu'ils bouffent des anxiolytiques toute la journée pour tenir", confie Sébastien Crozier. L'arrivée de Free sur le marché du mobile, en janvier 2013, a entraîné une guerre des prix, au détriment de l'investissement mais aussi de l'emploi. Pour autant, il serait trop facile de jeter l'opprobre sur le trublion des télécoms.

"L'arrivée de Free a déstabilisé le secteur mais il n'est pas responsable de la crise de l'emploi, estime Patrick Ackermann, cela fait des années que les opérateurs privilégient le profit et les dividendes au détriment des salariés". "Ce n'est pas l'arrivée d'un quatrième opérateur qui est néfaste, c'est la concurrence exacerbée", renchérit Sébastien Crozier. La pression concurrentielle est d'autant plus difficile à vivre chez Orange que la majorité des salariés (60%) sont des fonctionnaires recrutés dans les années 1970 pour une mission de service public - connecter la France.


Stéphane Richard sous pression

Comment la direction d'Orange entend-elle réagir face à cette alerte aux suicides? "Il y a un nombre élevé de suicides depuis le début de l'année, c'est incontestable et absolument dramatique", a réagi à l'AFP le directeur des ressources humaines d'Orange, Bruno Mettling. "Cette situation nous appelle évidemment à la vigilance. Elle nous renforce dans le besoin de revisiter, de réexaminer les dispositifs de prévention mis en place ces dernières années dans l'entreprise", ajoute-t-il. "Nous sommes très prudents sur l'analyse de chacune de ces situations. Nous ne pouvons pas, à ce stade, laisser dire que la majorité des suicides ont un lien explicite avec le travail", conclut-il.

Le médiateur du groupe, Jean-François Colin, un proche de Stéphane Richard qui jouit d'une bonne image auprès des syndicats, rencontrera par ailleurs ce vendredi les membres du CNSHSCT pour éventuellement "renforcer ou compléter ces dispositifs". Les syndicats d'Orange auraient préféré que l'Observatoire national du suicide, mis en place par Marisol Touraine en septembre 2013, s'empare du dossier. 

"C'est un sujet de préoccupation, bien évidemment", a réagi la ministre de la Santé et des Affaires sociales ce matin sur iTELE. "Il s'agit que l'entreprise prenne les mesures nécessaires. On ne peut pas laisser faire une situation comme celle-là", a-t-elle ajouté, sans plus de détails. "Nous demandons de rouvrir d'urgence des négociations sur l'emploi et les réorganisations", martèle Patrick Ackermann. 

Ce dossier sensible est une épine de plus dans le pied de Stéphane Richard, qui briguera un second mandat à la tête de l'opérateur lors du conseil d'administration du groupe, le 26 mars prochain. Ancien directeur de cabinet de Christine Lagarde, quand la directrice du FMI était la patronne de Bercy, Stéphane Richard est actuellement mis en examen pour escroquerie en bande organisée dans l'enquête sur l'arbitrage Tapie-Crédit Lyonnais.

Source lexpansion.lexpress.fr

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Published by Cyril LAZARO - dans Réflexions
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commentaires

coco 21/03/2014 12:09


ils n'ont pas mis un numéro vert de soutien psychologique .... "vous allez mal : téléphonez" ...les psy vont vous expliquer comment la stratégie de votre entreprise est bonne (puisque ces
solutions sont là pour que les salariés comprennent qu'on ne reviendra pas sur les restructurations) ...

Cyril LAZARO 25/03/2014 22:13



Tout à fait d'accord avec toi. Le but des cellules psychologiques n'est pas d'encourager à la lutte mais d'apprendre à accepter la fatalité. Je n'avais jamais regardé cet aspect là, mais tu as
parfaitement raison.


Amitiés



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